Les approches psycho-corporelles en psychothérapie

Ce courant que l’on peut qualifier de : « psychocorporel analytique » peut être dit également « Néo-reichien »; car issu du psychanalyste et disciple de Freud : Wilhelm Reich.

Celui-ci fut en effet le premier à intégrer le corps et les exercices corporels dans une psychothérapie analytique, non plus seulement comme objet de diagnostic, mais également et tout à la fois comme :

  • outil thérapeutique à part entière (dans un but relâchement des tensions et de libération d’émotions réprimées (catharsis) venant compléter la thérapie verbale),
  • et comme moyen d’accès possible à des vécus émotionnels inconscients fournissant au patient et à son thérapeute un matériel analysable sous l’angle psychodynamique.

1. Des dimensions corporelles et psychiques indissociables :

En thérapie psychocorporelle, on considère donc que les dimensions corporelles et psychiques sont indissociables, et que l’approche par le corps permet de poursuivre plusieurs buts :

  • Renforcer et soulager le corps en rétablissant un mouvement et une circulation énergétique fluides. Ceci permet notamment au patient d’accéder à un mieux-être physique qui se répercute bien évidemment sur sa sphère psychique et le rend de surcroit plus disponible au travail thérapeutique. Cela peut également être parfois l’occasion pour lui de recontacter une capacité de joie et de bien-être, une « pulsion de vie » qui avait été perdue ou étouffée,
  • Se réapproprier la conscience de son corps et des messages qu’il lui envoie (notamment pour les patients « clivés », c’est-à-dire, dans ce contexte, ayant des difficultés à être en contact avec leurs sensations corporelles).
  • Atteindre et tenter de résoudre des conflits psychiques qui se traduisent dans le corps par des somatisations, des blocages, des tensions.
  • Accéder, grâce à des techniques de lâcher-prise corporel, à des mémoires émotionnelles inconscientes, imprimées dans le « cerveau émotionnel » (limbique) et dans le corps lui-même.

2. L’accès à des problématiques « archaïques » (interactions précoces)

En l’occurrence, le travail corporel et émotionnel est considéré, par les thérapeutes psychocorporels, comme la seule voie d’accès à certaines problématiques dites « archaïques », correspondant aux premiers âges de la Vie (“interactions précoces” pour la théorie de l’attachement), où l’enfant n’a pas encore la parole pour exprimer son vécu.

En effet, la psychanalyse classique, du fait de son dispositif uniquement verbal, ne « traite » que des problématiques s’originant dans le post-oedipien (névroses).

En revanche, pour avoir la possibilité de recontacter et travailler des expériences et traumas éventuels datant des tous premiers âges de la Vie, (période où les vécus du bébé et du jeune enfant ne pouvant être que de l’ordre des sensations et ressentis corporels ne peuvent être mis en mots et symbolisés), il est approprié, voire nécessaire, de passer par des exercices corporels permettant de réactiver ces mémoire corporelles et émotionnelles archaïques.

3. Une émotion non revécue reste « active »

De plus, hormis ces problématiques archaïques, la thérapie psycho-corporelle considère qu’une émotion refoulée (inconsciente) ou réprimée (consciente) continuera d’influencer la vie d’une personne tant que celle-ci ne l’aura pas retraversée consciemment.

Il ne suffit donc pas simplement de parler d’une émotion et de se contenter de « comprendre intellectuellement » sa cause supposée (en faisant intervenir le néocortex et la parole), pour qu’elle devienne inactive.

Au contraire, il est nécessaire dans une premier temps de la rééprouver pleinement et surtout en conscience, par la voie du cerveau émotionnel (limbique) auquel on ne peut accéder qu’à travers le vécu corporel. Ce n’est qu’à cette condition qu’une phase d’apaisement pourra ensuite survenir et qu’un processus de mise en parole (« d’élaboration » comme disent les psychanalystes) deviendra alors utile et nécessaire pour donner du sens à l’expérience vécue.

A l’inverse, se plonger immédiatement dans un discours analytique dès que l’on sent émerger en soi une émotion, peut souvent relever d’un « mécanisme de défense » visant à refouler l’émotion qui advient (de façon plus ou moins prononcée), grâce à un subterfuge d’intellectualisation. Une telle réaction est en effet bien souvent une stratégie permettant de « fuir » ou de « couper » le ressenti qui s’invite en soi, spécialement dans une Culture occidentale qui persiste encore souvent à ne tenir compte que de la fonction cognitive et/ou verbale du sujet, supposée pouvoir tout résoudre. Typiquement, le patient, au lieu de traverser l’émotion qui se présente à lui en conscience (ce qui est d’ailleurs également l’objet de la méditation), va tenter de fuir cet affect désagréable (ou fantasmé comme tel) en s’engageant tête baissée dans une auto-analyse, un discours intellectuel et logique des causes de ce qu’il vit. L’émotion profonde sera donc « coupée » par le discours avant d’avoir pu se manifester pleinement, et sans que les centres émotionnels profonds ne soient sollicités. C’est pourquoi, dans ce cas, l’émotion n’étant pas pleinement « épuisée », restera souvent active dans les profondeurs de l’inconscient.

Ainsi, par exemple, est-il possible à certaines personnes de parler des heures et des heures de leur colère et d’élaborer de savantes explications sur les causes de celle-ci, sans que cela ne change rien à l’affaire. Car, tant que cette colère n’aura pas pu être éprouvée consciemment et accueillie par la personne, dans le cadre sécurisant et non jugeant du cabinet de thérapie, comme une émotion “normale et acceptable”, elle persistera à se réinviter régulièrement, et d’autant plus intensément qu’elle n’aura pas pu être entendue ni intégrée précédemment.

4. Les liens avec d’autres approches : 

4.1. Psycho-corporel, Thérapie Humaniste, Méditations, TCC 3ème vague : Le revécu émotionnel en conscience et le lâcher-prise dans l’expérience pour une chemin d’évolution personnelle.

En ce sens, cette conception d’une « nécessité de passer par l’expérience émotionnelle et relationnelle» pour évoluer dans la connaissance de soi rejoint la vision défendue par la Psychothérapie Humaniste. Elle se retrouve également dans les approches de Méditation diverses, elles-mêmes récupérées et adaptées par la 3ème vague des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) (qui, auparavant, ne prenaient en compte que les comportements et les cognitions de l’individu, fournissant par-là la parfaite illustration de ce que peut être un déni culturel justifié par des prétextes de rationalité : à savoir ici l’occultation totale de l’importance des aspects émotionnels dans une thérapie).

4.2. Les problématiques archaïques : Psycho-corporel et approche psychanalytique férenczienne.

Les thérapies psycho-corporelles sont également à rapprocher de l’analyse férenczienne dans le sens où elles constituent, à elles deux, les seules approches qui travaillent sur les problématiques archaïques pré-oedipiennes, comme décrit plus haut. Enfin, elles sont également une voie d’accès à tout ce qui concerne les aspects transgénérationnels, et même archétypiques de l’être Humain.

4.3 Psycho-corporel et Thérapies transpersonnelles

Enfin, il est évident que les processus de transformation et d’évolution profonde qui sont visés dans les thérapies dites transpersonnelles, à travers l’exploration des dimensions spirituelles et symboliques de l’Humain, ne peuvent être contactés que dans un cadre psycho-corporel. En effet, non seulement la participation active du Corps se trouve être nécessaire pour accéder aux états de conscience modifiés (EMC) transformateurs (méditations, transes, danses cathartiques…) , mais elle garantit de plus la sécurité de ces pratiques, par l’ancrage à la Réalité que constitue ce lien solide au Corps.

5. Le rôle du thérapeute psychocorporel

Pour le praticien psychocorporel donc, le vécu corporel et émotionnel, en un mot « l’expérience (et non la réflexion seule) de qui je suis », est un facteur nécessaire à toute évolution de la personne.

Son rôle sera donc de parvenir à instaurer chez le patient un sentiment de sécurité et de confiance qui permette à ce dernier de lâcher prise et de s’abandonner pleinement au vécu de ses émotions « enfouies » (agréables ou désagréables) qui pourront éventuellement s’inviter en lui au cours de la séance. Il accompagnera ensuite la personne dans la phase de « pacification » et de verbalisation (verbalisation = narration de son vécu puis élaboration analytique si nécessaire).

6. Les principaux courants psycho-corporels analytiques

Parmi les grandes approches psychocorporelles analytiques, on peut citer :

La Psycho-Somatothérapie et la Somatanalyse, l’Analyse Reichienne, la Neuro-Végétothérapie, l’Analyse Psycho-organique, la Bioénergie, la Psychanalyse corporelle, la Thérapie primale, l’Intégration posturale, le Rebirth, la Respiration Holotropique.

 

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